Artiste · Curatrice · Ecrivaine
Je suis née en 1996 à Cotonou, au Bénin. Peintresse, poétesse, performeuse, sculptrice et curatrice, je porte le nom Glèlè Kakaï, celui d'une famille royale dont mon père, le poète Louis Mesmin Glèlè, a exploré l'héritage toute sa vie. C'est un héritage que j'explore à mon tour, à ma façon. Mon travail part de l'intime pour aller vers le monde, depuis mon corps, ma perception singulière du réel, les parts de moi que j'ai longtemps gardées cachées.
Pendant longtemps, mon travail a parlé des femmes.
Du poids patriarcal, de ce que nos corps traversent, de ce que la société leur impose. Ce travail était sincère. Mais il parlait des femmes comme si je n’en étais pas une.
Comme si j’observais de l’extérieur une douleur que je portais pourtant à l’intérieur.
En parallèle, en secret, je développais un autre univers.
Onirique, abstrait, personnel.
Un monde qui me racontait, moi, ma perception singulière du réel, ma façon d’habiter mon corps, ma douleur, ma différence.
Je ne le montrais pas.
J’avais peur.
Peur du regard, peur de ne pas savoir expliquer, peur d’être trop, peur de ne pas être assez fascinante pour que quelqu’un veuille suivre mon histoire.
Ce tournant est né d’un besoin viscéral.
Celui de revenir vers moi.
De porter ma peau à l’envers, comme je l’écrivais dans un vieux poème, et de me faire enfin voir au monde non plus à travers des causes, si justes soient-elles, mais à travers mon expérience située. Mon corps. Ma neurologie. Mon rapport à la terre, aux arbres, au sol sous mes pieds nus. Ma spiritualité, vécue sans excuse. Mes cicatrices invisibles.
Pour incarner ce dévoilement, j’explore plusieurs langages à la fois parce qu’aucun seul ne suffit à contenir ce que j’ai à dire.
Avec la peinture et la sculpture, je vais vers celle que je veux être. J’ai créé un alter ego qui traverse mon univers pictural, fluide, en mouvement, les yeux et la bouche dessinés en forme de cauris. Elle s’amuse dans un monde qui lui appartient. Elle ne demande pas permission. Elle est la version de moi qui n’a pas appris à se cacher.
Avec la poésie, je creuse. Dans les méandres de mon esprit, encore et encore, jusqu’à ce que les sentiments et les sensations se transmutent en mots.
C’est là que j’ai écrit un jour : “Pourrais-je porter ma peau à l’envers et enfin me faire voir au monde ?”
Une question que je ne savais pas encore être un programme.
Avec la performance, je crée le lien. Entre ce travail intérieur et le monde extérieur. Je regarde le public dans les yeux depuis ma différence je suis au milieu de vous, même si j’ai l’impression de ne pas être avec vous. C’est cet écart-là que je performe. Cet écart qui est aussi ma singularité.
Ce travail est un retour vers une liberté que je connaissais avant d’être regardée: celle d’explorer et d’exprimer mon monde intérieur sans savoir à l’avance ce que je veux démontrer, sans justifier ce qui sort.
Ce n’est pas une rupture avec mon travail antérieur. C’est un approfondissement. Les femmes dont je parlais avant j’en suis une.
Il était temps que ça se voie.