Il y a celle que je me suis faite
quand j’ai voulu apprendre à faire du vélo.
Elle est à peine visible,
juste en dessous de mon genou.
Il y a celle que je me suis faite
en tentant d’escalader un mur.
Je me croyais aventurière,
héroïne d’un film d’action.
J’ai aussi ces minuscules brûlures
qui datent de mes premiers cours de cuisine.
J’ai une kyrielle de cicatrices sur le corps.
Elles sont si discrètes
qu’on croirait ma peau douce et parfaite.
Pourtant,
j’aimerais montrer à tous
que je suis une guerrière.
J’ai des cicatrices immenses
et des plaies béantes,
des blessures saignantes
et des épines douloureuses.
Ma peau ne devrait pas être aussi muette.
On dirait presque
que je ne suis pas celle que je prétends être.
Pourrais-je porter ma peau à l’envers
et enfin me faire voir du monde ?
Serait-il possible d’exposer
à leurs yeux
toutes mes déchirures ?
Je suis une femme brisée,
une femme étouffée.
Je suis une femme épuisée
sous le joug de la société.
J’en ai assez de paraître intacte
alors que mes blessures intérieures
pourraient faire frémir d’horreur.
Je suis exténuée
de devoir expliquer
ce qui fait de moi une inadaptée.
Alors ma peau,
je voudrais la porter à l’envers,
pour vivre ma douleur
dans un semblant de paix,
et ne plus être prise
pour une femme entière.
Je n’ai plus la force d’exister
pour les yeux de la société.